
Attente interminable,
Sentiments emmêlés, doutes imbéciles
Patiente en compote
Elle torture ses doigts, se mélange les cheveux,
Danse sur ses jambes
Méninges torturées, pupilles inondées
Quand ?
Elle avance au gré des rues et des passages, tantôt le nez en l'air à contempler l'architecture, tantôt le nez par terre explorant ses pensées, dépouillant ses rêves et angoisses. Coupée du monde par un rythme entrainant, une musique nostalgique hurlant à ses oreilles.
Transparence ! Personne ne semble la voir, elle disparaît dans cette foule d'âmes invisibles qu'elle préfère ignorer. Qu'ont-elles de plus beau à dire que ces bouts de phrases chantés en boucle à son âme en dérive ? Que peuvent-elles comprendre de ces morceaux de vie qui ressemblent à la sienne et font écho en elle ? Que peuvent-elles bien entendre de ces maux déversés en larme de détresse.
Elle avance au gré des titres et des albums, tantôt mélancolique, tantôt pleine d'espoir décortiquant le sens de ces chaines de mots.
Quand bien même je ne sais pas sculpter,
j'aime à sculpter le contour de nos âmes
pour que les traces érosives du temps
glissent sur nos deux cœurs
Quand bien même je ne sais pas peindre
J'aime à peindre les plaisirs de ton corps
d'une huile indélébile qui ne pâlira pas
Quand bien même je ne sais dessiner
Je dessine notre avenir d'un seul trait
Pour qu'une mine de douceur arrondisse nos angles
L'homme est assis là tous les jours aux même heures. Il attend les yeux fixés sur cette petite maison aux fenêtres condamnées. Autour, c'est le néant. Trou béant, engin de chantier, béton et ferrailles. Autour c'est le néant; plus d'habitant, aucune boutique, des immeubles vidés et dépouillés. De sa fenêtre, elle le voit et l'observe souvent. Et à chaque fois, une boule dans la gorge lui fait monter les larmes aux yeux. Elle pourrait, elle devrait le rejoindre, le lui dire, le raisonner. Elle connait toute l'histoire, elle porte ce secret, cet encombrant fardeau qu'elle devrait raconter.
Un jour ils sont venus. Elle ne l'a plus revu. A sa fenêtre à présent, elle observe la foule qui s'affaire au pied de ces immeubles de bureaux tout flamboyants. La nuit le quartier se vide. Plus de vie, un calme bien pesant. Parfois, elle regarde les photos, celles d'avant, celles de cette maison dont on a enterré tous les souvenirs, celle de ce quartier plein de vie et de chaleur. Quelques larmes coulent sur ses joues.
Plus tard elle a su. Un an aura suffit au vieil homme pour rejoindre les siens après avoir érrer de foyer en foyer, de rues en rues. Comme seul effet personnel, une photo jaunie et souillée. Sur celle-ci, une maison, la maison et cet homme, son fils en habit de militaire. Le dernier sourire, le dernier souvenir heureux avant cette guerre, avant que les promoteurs immobiliers ne viennent tout saccager et réduire à néant un homme comme tout le monde.
Elle aurait du lui dire qu'il ne reviendrait pas, elle aurait du lui dire qu'il ne pourrait plus vivre ici, qu'il devait partir. Mais dans le quartier, ça ne se fait pas de se mêler des affaires des autres.
Je pourrais parler du beau temps, décrire toutes mes journées
déverser mes humeurs heureuse ou tourmentées
accorder tous mes verbes, jouer de tous les mots,
décrire de belles histoires, balancer mes défauts
Mais au lieu de ça,
je mélange mes phrases, m'envole sur mes nuages
parcoures toutes mes pensées, mais n'y fait qu'un passage
silence mes délires, mes ardeurs et mes doutes
sature mon cerveau de tortueuses déroutes.